La meilleure
Emmanuelle Lambert
Cela fait longtemps, maintenant, que j’hésite (oh à peine, c’est un mouvement infime) à présenter ma « meilleure amie » comme telle. Une part de moi — la part adulte ? — recule avant de sauter : nous ne sommes plus des enfants, ni des jeunes filles. Pourtant elle reste ma meilleure amie, et je ne vois pas de meilleure manière de la présenter.
Alors je me suis demandé ce que ça voulait dire, une « meilleure amie », et j’ai plongé dans les photographies, qui font surgir les choses avant que nous puissions les nommer. Comme j’en ai peu — je ne garde rien —, je les ai trouvées chez elle, chez ma mère, chez la sienne, chez nos copines de lycée. De cette modeste collecte j’ai retenu les photographies qui n’étaient ni les plus belles, ni les plus réussies, mais celles qui me sautaient à la fois aux yeux et au cœur.
Elles racontent l’histoire de deux vies passées, sans interruption, côte à côte et qui, au début des années 1980, ont été réunies par le hasard dans une petite ville de l’Essonne. L’une, « la meilleure », y est arrivée avec ses parents qui, menacés par le régime, avaient quitté l’Argentine au début de la dictature. Mes parents, eux, ne pouvaient pas agrandir leur famille à Paris, alors nous avons déménagé. Nous avions six ans quand nous nous sommes connues, nous en avons aujourd’hui cinquante : toute une vie, en somme, d’enfants, d’adolescentes, de femmes.
Une meilleure amie, c’est celle dont vous ne pouvez dissocier la vie de la vôtre. Et vos deux vies forment comme une vie parallèle où tout se reflète différemment : famille, héritages, premières fois, lieux, rencontres. Car dire « ma meilleure amie », c’est convoquer, sans jamais avoir à l’expliquer, un sentiment à nul autre pareil, et que ce livre tente d’approcher. Il n’est ni filial, ni sororal, ni amoureux, ni simplement amical, mais c’est un amour puissant, constant, lié à notre part la plus secrète : peut-être, au fond, le meilleur.
Éditions lamaindonne
« Emmanuelle Lambert publie à la rentrée La Meilleure, justement consacré à ce sentiment [l’amitié]. Elle nous présente celle avec qui elle chemine depuis l’enfance. »
ELLE, Dorothée Werner
« Emmanuelle Lambert livre un texte magnifique sur le passé et le devenir, l’apprentissage des identités dans un monde où la relation au temps, et aux images elles-mêmes, s’est progressivement métamorphosée, modifiant du même coup le cours de nos vies. »
AOC, Fabrice Gabriel
« La Meilleure est un livre inattendu – ou mieux encore : dont on ignorait qu’on l’attendait. »
Diacritik, Christian Rosset
Public Sénat
« Au Bonheur des Livres », Claire Chazal, recommandation à partir de 25 min 35